Stéphane Lambiel a sorti le grand jeu aux Championnats du monde de Calgary pour défendre son titre, devant le Français Brian Joubert, qui l'a menacé jusqu'au bout. Le Valaisan a présenté la meilleure performance de sa carrière, au sortir d'une saison éreintante.
Un mois après sa médaille d'argent aux Jeux, deux mois après sa deuxième place aux Championnats d'Europe et trois mois après son succès en finale du Grand Prix, Stéphane Lambiel a ajouté un nouveau fleuron, le plus beau peut-être, à son palmarès, déjà extraordinairement fourni pour un athlète de 20 ans. Rien ne parvient à empêcher sa marche en avant, pas même ses douleurs récurrentes au genou droit qui l'obligent à patiner sous anti-inflammatoires.
Lambiel est entré dans l'histoire à Calgary. Il est devenu le premier patineur helvétique à obtenir deux titres de champion du monde, surpassant Hans Gerschwiler, qui avait cueilli l'or en 1947 puis l'argent un an plus tard.
A Moscou l'an passé, Lambiel s'était imposé avec près de 17 points d'avance sur le Canadien Jeffrey Buttle. Cette fois, la bataille a été autrement plus âpre. Lambiel n'a conservé qu'une petite marge de 3,39 points sur Brian Joubert, qui a pulvérisé son record personnel. L'Américain Evan Lysacek complète le podium.
Précédé par Joubert à l'addition du programme court et du libre, Lambiel a fait la différence grâce à son avance creusée en qualifications, lundi, où il avait été bien inspiré de se livrer à fond.
«J'ai le sentiment d'avoir mieux patiné ce soir» pour le libre, a déclaré le double champion du monde, partageant en cela l'avis de son entraîneur, Peter Grütter. «Je suis fier de moi, car c'était une compétition très dure. Chaque patineur a été bon, avec du suspense jusqu'au bout. Avant d'avoir vu mes notes, je n'étais pas sûr d'avoir gagné.»
Lambiel, qui patinait en dernier, a dû réussir quasiment un sans-faute pour résister au retour d'un Joubert qui s'était montré déchaîné quelques minutes plus tôt. Il a commis sa seule erreur apparente à la réception d'un triple rittberger, qui ne lui pose d'ordinaire aucun problème.
Les juges se sont ingéniés pourtant à trouver une faille de taille dans le programme du Valaisan. Son triple axel inaugural a été déclassé en double, pour des raisons qui ont échappé à beaucoup de monde. Peter Grütter s'en est étonné et entendait demander des explications. Cette révision, qui n'a finalement pas porté à conséquence, a coûté plus de 4 points à Lambiel.
Ce deuxième titre, assorti d'une enveloppe de 45 000 dollars (env. 59 000 francs), est d'autant plus méritoire que Stéphane Lambiel, après le forfait du champion olympique, Evgeny Plushenko, partait avec l'étiquette de favori. «Tout le monde voulait me battre. Je savais que Brian (Joubert) avait obtenu un bon score, mais je me suis concentré sur ma performance.»
Le double champion du monde ne se laisse pas démonter par les questions critiques faisant état de l'absence de Plushenko, le seul à l'avoir battu cette saison avec le Canadien Emanuel Sandhu. «L'an dernier aux Mondiaux (réd.: où Plushenko avait abandonné en cours de compétition, avant le libre), je l'ai battu puisque je l'avais devancé en qualifications et sur le programme court.»
Lambiel aspire désormais à du repos, pour permettre à son genou droit de se refaire une santé. Il veut ménager sa monture, car il songe déjà... aux JO de 2010, à Vancouver.